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Le blog de Saint Martin Lars en Sainte Hermine

la petite,toute petite histoire de la petite commune de Saint Martin Lars en Sainte Hermine.


Le Château de Saint-Martin-Lars en Sainte-Hermine

Publié par Claude GILBERT sur 18 Avril 2016, 13:01pm

C'est vrai qu'il n'est pas très connu, ce château. Il ne fait l'objet d'aucune carte postale et le touriste peut très bien passer à côté sans le remarquer. De plus, il ne se visite pas.

Sur la carte de Cassini, il est noté comme logis avec une oriflamme qui signifie que le lieu est "gentilhommière, fief, maison de plaisance ou de campagne". Dans les registres d'état civil de la commune de Lars la Valleur (sic) en l'an III de la République, on note une naissance qui a eu lieu au "ci-devant château". Le cadastre napoléonien de 1828 le désigne comme "Château". René Vallette dans son livre" Paysages et monuments du Poitou" paru en 1890, l'expédie en bas de page sous forme d'une note de quatre lignes.

Malgré tout, plusieurs éléments de ses bâtiments ont été inscrits à la protection des Monuments Historiques en Novembre 2010.

Il est plus facile de connaitre les noms de ses propriétaires et donc sa fonction éventuelle grâce aux travaux de Guy de Raignac et de Beauchet Filleau.

Nous pouvons ainsi remonter jusque vers 1350 où apparaît dans les textes, un certain "de Brillouet", seigneur de Saint Martin Lars. De filiation en mariages, les familles de Pennevaire, Hamon, Héry, Alluaume et Racodet se succèdent jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.

Cela ne va pas sans conflits. Dans un texte des Archives Nationales relevé par Alain Delaval pour constituer le dossier des Monument Historiques, on peut voir un règlement à l'amiable passé devant le Parlement et daté de 1385, entre Leonnet de Pennevaire et Jehan Girart, seigneur de Bazoges .Tous les deux se disent héritiers de Jean Luneau pour ce qui est de la terre de Saint Martin Lars et autres lieux. Leonnet en réclame la propriété ainsi que toute justice, haute, moyenne et basse parce qu’il est marié à Jehanne de Brillouet, qui est la fille de Marguerite de Brillouet, héritière du titre, veuve de Jean Luneau, seigneur de Bazoges dont Jehan Girart est aussi un héritier . L'affaire est compliquée. Pourtant le sang ne coule pas et Leonnet récupère le lot. Il faut dire que la guerre avec les anglais fait assez de morts et de dommages collatéraux pour ne pas en rajouter, même si cette année là, on est en période de trêve. 

Cela ne va pas non plus sans sourires. René Vallette,dans les quelques lignes qu'il consacre au château, ne peut s'empêcher de relater "le tempérament prodigue et les allures légères" de Jeanne de Pennevaire "qui ont laissé dans l'histoire plus d'un piquant souvenir" . Malheureusement, il ne cite pas ses sources, je ne peux donc pas vous en dire plus.

Dans la lignée de ces propriétaires, ce n'est qu'à partir de 1644 que l'on commence à y voir plus clair. En effet, à cette date, Jean Racodet, seigneur de la Guynemandière (située également sur la même paroisse) se marie avec Marie de Hery, veuve de Jacques Alluaume, seigneur de Saint Martin Lars. Marie apporte en cadeau de noces, un titre et la propriété du château.

Les Racodet sont "de la Guynemandière" depuis le début du XIVe siècle, quand Gilles épousa Sybille Guynemonde, fille du seigneur de ce lieu (encore un passage du pouvoir et de la richesse par les femmes). L'un d'eux, Jacques Racodet sera maître d'hôtel de Henri IV et recevra même la visite de celui-ci à La Guynemandière.

Vont-ils déménager et investir ce haut lieu du pouvoir féodal que constitue le château? Il semble bien que non.

L'analyse du bâti effectuée par Alain Delaval pour les Monuments Historiques montre que la partie habitation a été construite essentiellement aux XVème et XVIIème siècles.

Carte postale(entre 1955 et 1958) Un plan d'eau a remplacé la prairie humide en contrebas du château.

Carte postale(entre 1955 et 1958) Un plan d'eau a remplacé la prairie humide en contrebas du château.

On entre dans la cour fermée par un porche monumental dont le plafond est constitué de voûtes d'ogives retombant sur des culots sculptés (la partie haute est écroulée depuis 1964).

Le porche en 1962.Photo Bugeaud. Arch.Vendée.et état actuel(photo auteur). Cliquez pour agrandirLe porche en 1962.Photo Bugeaud. Arch.Vendée.et état actuel(photo auteur). Cliquez pour agrandir

Le porche en 1962.Photo Bugeaud. Arch.Vendée.et état actuel(photo auteur). Cliquez pour agrandir

Deux des quatre culots  du porche.Photo de l'auteur.Cliquez pour agrandir.Deux des quatre culots  du porche.Photo de l'auteur.Cliquez pour agrandir.

Deux des quatre culots du porche.Photo de l'auteur.Cliquez pour agrandir.

Une entrée qui devait avoir une belle allure.

Dans la cour fermée,il a dû exister un pigeonnier si on se fie à la forme ronde notée sur le cadastre de 1828 (voir plan en fin d'article) mais non accompagnée de précisions.

La partie la plus ancienne du corps de logis semble avoir été construite à l'extrême fin du XVème siècle. Une salle principale et une pièce secondaire sont surmontées à l'étage par cette même distribution. Il y a une cheminée dans chaque pièce. Le style de ces cheminées est à situer entre la fin du gothique et la pré-renaissance.

Cheminée pré-renaissance avec patères et écu à l'italienne.

Cheminée pré-renaissance avec patères et écu à l'italienne.

Dans le prolongement sud de cette première demeure, on a construit au XVIe siècle, un petit bâtiment pour abriter un oratoire. On peut y voir des traces de décor peint: en particulier une Vierge à l'enfant dans une niche en trompe l’œil et une femme avec une auréole à bordure verte. On peut distinguer également une litre seigneuriale dont le blason ressemble à celui des Pennevaire. Il ne faut pas oublier qu'à cette époque, le Bas Poitou et Saint Martin Lars en particulier, sont touchés de près par les guerres de religion.Vers 1560, l'église paroissiale est aux mains des protestants et le seigneur du Puythumé (autre lieu de pouvoir féodal local) y fait faire des prêches par son valet contre l'avis de la dame du lieu, c'est à dire Jeanne de Pennevaire. Ceci a-t-il eu une incidence sur cela ?

Peintures de l'oratoire.  Cliquez pour agrandirPeintures de l'oratoire.  Cliquez pour agrandir

Peintures de l'oratoire. Cliquez pour agrandir

En continuité avec le bâtiment du XVIe siècle, ont été construits dans la première partie du XVIIe siècle, un escalier et d'autres pièces d'habitation dont certaines ont été modernisées au XVIIIe siècle.

Escalier rampe-sur-rampe à balustres

Escalier rampe-sur-rampe à balustres

L'analyse historique du bâti montre bien que l'essentiel a été fait entre le XVe et le début du XVIIe siècle, époque à partir de laquelle Jean Racodet devient seigneur de Saint Martin Lars. Les quelques modernisations apportées au XVIIIe siècle ne sont pas assez importantes pour signifier que des propriétaires aussi puissants que les Racodet s'y soient installés.

D'ailleurs, il semble bien qu'ils ne demeuraient pas en permanence à la Guynemandière, puisque en 1770, le curé de Saint Martin note dans son registre paroissial que Messire Alexandre Racodet, chevalier seigneur de cette paroisse, de la Thibaudière, du Vergne (...)major de la milice garde côte de la ville de Luçon est mort et enterré "au dit Luçon où il faisait sa demeure l'hiver".

Le château commence alors son lent dépérissement sans être pour autant détruit. Il est simplement maintenu en vie pour ce qu'il désigne: le pouvoir féodal.

Sur le plan de la paroisse, commanderie et châtellenie de Champ Gillon dont il a été question dans les deux articles précédents, il semble bien que ce château ait été représenté. Il est désigné comme Maison Noble de Saint Martin Lars.

Plan de la paroisse, commanderie, châtellenie de Champgillon...Détails. Cliquez pour agrandirPlan de la paroisse, commanderie, châtellenie de Champgillon...Détails. Cliquez pour agrandir

Plan de la paroisse, commanderie, châtellenie de Champgillon...Détails. Cliquez pour agrandir

Ce dessin pose de multiples questions.

Est-ce bien le château de Saint Martin? Plusieurs détails (porche maigrelet, tourelles d'angles) incitent l'observateur à penser que non. Mais si l'on regarde comment ont été dessinées l'église de Thiré, de la Chapelle Themer, mais aussi celle de Saint Martin et la ville de Sainte Hermine, on peut légitimement penser que l'auteur ne se souciait guère d'exactitude architecturale.

En revanche, le positionnement du bâtiment dans l'espace est plutôt juste(au delà du ruisseau qui coule entre l'église et lui). Les hachures qui signifient une élévation de terrain et la pièce d'eau en contrebas de la maison noble, symbolisée par une coloration vert clair cernée de vert foncé, ne peuvent que confirmer qu'il s'agit bien de notre château (on va retrouver ce dernier détail sur le cadastre napoléonien à la fin de l'article).

Mais pourquoi le dessinateur a-t-il donné autant d'importance à cette "maison noble" qui, à priori, n'a rien à voir avec la paroisse de Champgillon? On pourrait peut-être avoir une réponse en se référant au chiffre indiqué à côté du dessin, mais il n'est pas répertorié dans la légende  et les services de la BNF m'ont informé que ce plan n'est accompagné d'aucun  autre document. Il ne nous reste que le fruit éventuel du hasard.

En tout cas, cette illustration démontre bien que le château avait conservé en 1762 son identité politique et sociale.

Avant cette constructions du XVe siècle très caractéristique de la seigneurie de village du bas-Moyen -Age, a-t-il pu exister autre chose?

Alain Delaval formule l'hypothèse que la parcelle 1071 du cadastre napoléonien pourrait être l'emplacement d'une motte castrale. La motte castrale est une sorte de petit château fort primitif constitué de remblai de terre, de construction en bois,  garantissant la loi et la sécurité aux endroits habités dans les premiers temps de la féodalité.

Il semble bien que cette idée soit confirmée par deux observations.

Dans les documents annexes aux plans du cadastre, cette parcelle 1071 est appelée "Le Mazureau". Ce toponyme est bien bien identifié. Dérivé du latin mansus , "demeure", il désigne le plus souvent et à minima, une construction habitable ou non. Isolé dans un contexte vide, il ne nous apprend pas grand chose, il faut donc revoir le contexte du cadastre napoléonien.

Le site du Château est dans le bas d'une feuille cadastrale, le site voisin situé au sud est sur une autre feuille. Il suffit d'une petite manipulation informatique pour les assembler et avoir ainsi une lecture plus facile.

Le Château Les Roches et L'assemblage des deux.Cliquez pour agrandirLe Château Les Roches et L'assemblage des deux.Cliquez pour agrandir
Le Château Les Roches et L'assemblage des deux.Cliquez pour agrandir

Le Château Les Roches et L'assemblage des deux.Cliquez pour agrandir

Il apparaît assez nettement que la parcelle 1071 dite Le Mazureau est cohérente avec le village des Roches. Le toponyme Les Roches est également interressant. Selon Jean Loïc Le Quellec, le mot roche peut désigner d'abord un relief rocheux puis la forteresse médiévale construite dessus. Mais ce ne sont que des indices et non des preuves.

Néanmoins, l'installation d'un habitat sous protection et antérieur à la construction de l'église ainsi que du château est tout à fait plausible.

Je ne pense pas qu'on verra de sitôt la création d'une zone industrielle sur ces lieux et donc des fouilles archéologiques préventives qui pourraient nous en apprendre plus.

 

Sources: 

Alain Delaval: Dossier Château Saint Martin Lars DRAC Pays de la Loire Nantes

Archives de Vendée: Cadastre Nap Saint Martin Lars

                                 Photographies et cartes postales de la famille Bugeaud  83Fi47

                                Registres Paroissiaux Saint Martin Lars

BNF site Gallica: La paroisse,commanderie et châtellenie de                                               Champgillon

R Vallette:  Paysages et Monuments du Poitou Paris 1890

Beauchet Filleau: Dictionnaire historique et génealogique des familles du Poitou 1891

Guy de Raignac: De Châteaux en logis T5

Jean Loïc Le Quellec: Dictionnaire des noms de Vendée 2006

Remerciements: J Pelletier pour sa connaissance des dates récentes.

 

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