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Le blog de Saint Martin Lars en Sainte Hermine

la petite,toute petite histoire de la petite commune de Saint Martin Lars en Sainte Hermine.


La fontaine lavoir du grand Pouzac

Publié par Claude GILBERT sur 23 Août 2011, 17:20pm

Jusqu’en 1874, les habitants du grand Pouzac ont à leur disposition, dans le pré de la Biotrie, une fontaine et un lavoir qu’ils utilisent et entretiennent sans problème depuis des « temps immémoriaux ». Le cadastre de 1828(1) nous montre cet endroit effectivement ouvert sur la voie publique, donc non soumis à l’impôt(voir ci-dessous).

lavoir 1828

On va y laver le linge, rincer les fûts et rassouiller les basses tout en bavardant et en médisant quelque peu des uns et des autres, on entretient l’ensemble, on le garde propre, on lui fait une grande toilette une fois par an (c’est alors, l’occasion pour les hommes de se retrouver autour d’un verre et d’entretenir la convivialité au village). En tout cas, on ne se pose pas de questions sur l’origine de la propriété. Donc, tout va bien.

 

Et subitement, un coup de tonnerre dans ce lieu à priori paisible : un certain Pierre Fouretier, métayer au Grand Moulin de La Chapelle Themer affirme qu’il est le propriétaire exclusif de la fontaine et du lavoir en question !

Et qu’il peut le prouver ! Et comme il est contesté, il va même jusqu’à combler le lavoir et interdire l’accès à l’ensemble.

Bé dame, en voilà une histoire ! Les gens du grand Pouzac en sont tout retournés, le conseil municipal de Saint Martin Lars est alerté et on prend la décision de porter l’affaire devant le juge de paix de Sainte Hermine.

Le 27 Août 1874, celui-ci rend son verdict : les habitants du Grand Pouzac ne doivent pas être dépossédés d’un droit immémorial.

Mais le propriétaire ne se laisse pas impressionner et fait appel auprès du tribunal civil de Fontenay le Comte. L’affaire rebondit et retombe très mal pour les habitants du grand Pouzac, puisque ce tribunal reconnait la validité de l’acte de propriété du sieur Fouretier, alors que la municipalité ne peut en  fournir aucun (29 janvier 1875)(2).

Reste la possibilité d’aller en  cour de cassation. Le conseil municipal prend cette option le 29 avril 1875.(3)

 On élabore même un drôle de contrat entre le maire (Jacques Deligné) et les habitants du grand Pouzac : le maire ira représenter en justice les dits habitants à condition que ceux-ci »qui sont les plus intéressés par les poursuites » en supportent tous les frais ! La participation de chacun sera basée sur le revenu cadastral.(4)

Il semble bien que ce projet soit resté lettre morte. Il était sans doute plus malin de se débrouiller autrement pour récupérer fontaine et lavoir sans avoir à dépenser des sous de manière hasardeuse.

Les mois passent, on élabore des stratagèmes dans le fonds des caves, au seuil des maisons ou au hasard des rencontres en revenant des champs.

Et le 26 février 1878, la solution est là, bien officielle.(5)

Par devant notaire, Maître Soullard de Sainte Hermine, 37 personnes représentant 37  feux du grand Pouzac "ayant été dépossédées du lavoir dont ils jouissaient depuis de longues années se sont réunis dans un intêret commun pour concourir à l'établissement d'un lavoir nouveau" dans le pré de la Biotrie!

« Chacun des comparants aura pour la maison qui lui appartient et qu’il occupe au Pouzac, soit pour lui-même soit pour le locataire ou fermier un droit de lavage et rassouillage au lavoir mais sans pouvoir y mener boire le bétail »

« Le droit au lavoir sera établi au profit et à l’avantage du fonds ou de l’habitation de chacun des comparants ; il ne pourra être cédé qu’avec l’immeuble  dont il fera partie et se transmettra avec l’immeuble même ».

Il y a sept pages de règlement qui ne laissent rien au hasard ! Pas question de retomber dans les dysfonctionnements ! Sont prévus le décès de l’ayant droit, l’installation de nouveaux feux, le non-paiement de la cotisation, la  création d’un comité de gestion, la souveraineté de l’assemblée générale etc.

Le président de ce premier comité de gestion est M Grelier du Fougeroux qui a, semble-t-il, beaucoup œuvré depuis le début de cette affaire. Le texte tient à préciser, pour éviter toute polémique que le sieur Grelier est un ayant droit, non pas pour sa maison du Fougeroux (située sur la commune de la Chapelle Themer) mais pour sa métairie du Pouzac, la métairie de Sainte Claire et la borderie de la Biotrie situées sur le grand Pouzac. Tout  doit être aussi clair que de l’eau de roche.

En revanche, si on ne regarde pas attentivement les plans (cadastre ancien et cadastre moderne) et si on ne relit pas sérieusement les écrits, on ne comprend pas que ce qui a pu se passer pour que les habitants retrouvent la jouissance du lavoir de la Biotrie.

 

La suite dans le prochain article.

 

sources:

(1)Archives de Vendée  Cadastre napoléonien  section d2 des pouzacs.

(2)Archives deVendée sous série 3 U.

(3)Archives de Vendée  Délibérations communales vue 61/82

(4) document privé

(5) document privé


Merci à Mme Daniaud pour m'avoir ouvert cette  piste, à M Canet pour m'avoir prêté des documents et à M Mathonneau pour m'avoir aidé à dissiper le mystère de l'emplacement (dont on parlera dans le prochain article).

 

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