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Le blog de Saint Martin Lars en Sainte Hermine

la petite,toute petite histoire de la petite commune de Saint Martin Lars en Sainte Hermine.


La fontaine lavoir du grand Pouzac (suite).

Publié par Claude GILBERT sur 2 Septembre 2011, 15:09pm

Dans le précédent article, nous avons vu  comment les habitants du grand Pouzac avaient été dépossédés de leur fontaine lavoir du pré de la Biotrie en 1875 et comment, en 1878, ils se retrouvaient copropriétaires  d’un terrain sur ce même pré pour y installer un lavoir nouveau.

Une lecture trop rapide et superficielle des archives m’a donné l’impression confuse que lavoir  nouveau et lavoir ancien étaient une seule et même chose. Dans tous les documents, il est question de fontaine, de lavoir, du pré de la Biotrie sans qu’on sache très bien de quoi on parle. Si on regarde le cadastre de 1828  et le cadastre actuel, on ne constate pas grand-chose de nouveau : une seule fontaine, un seul lavoir au même endroit.

Que s’est-il passé réellement ?

Si l’on reprend l’acte notarié de1878, on lit que « dans le pré de la Biotrie », on prendra « une parcelle de terre au nord est dudit pré et le long du ruisseau de la Biotrie » (il s’agit sans doute de la rigole)»confrontant du levant à la fontaine  et au ruisseau de la Biotrie ».Cela signifie donc que l’on achète un  terrain qui jouxte celui de l’ancien lavoir. Mais on lit aussi dans ce même acte que « dans ce terrain existe aujourd’hui  une fontaine ».D’où sort elle, cette fontaine ? Y en aurait-il deux en 1878 ?

Reprenons maintenant le cadastre moderne et celui de 1828 (en les mettant dans la même orientation).

cad moderne 2

cadastre 1828 2

 

Cadastre 1828                                                  Cadastre moderne

 

Cette fois ci, il semble bien que les deux lavoirs ne sont pas au même endroit bien qu’ils soient très proches.

Il existe aussi  un acte du greffe du juge de paix de Sainte Hermine(1) qui va finir de nous éclairer. Daté du 3 Janvier 1878 (soit moins de deux mois avant l’achat en copropriété), il règle un litige entre le sieur Fagot et le sieur Fouretier.au sujet des limites et des bornes qui définissent la propriété de chacun : Fouretier et la fontaine dont il a été reconnu propriétaire, Fagot (que nous connaissons pour être le futur vendeur du terrain en copropriété) et le pré de la Biotrie.

Le greffier écrit : »Le terrain du sieur Fagot du côté duquel est le buisson tient du nord à celui du sieur Fouretier, rigole entre les deux dans laquelle circule l’eau provenant d’une fontaine et d’un lavoir nouvellement établis ».

Tout devient limpide avec ces deux mots "nouvellement établis".

Les habitants du Pouzac après avoir constaté qu’ils avaient perdu leur fontaine lavoir ne sont pas restés les bras croisés : ils ont fait fonctionner la solidarité, la connivence et l’astuce.

 S’il y a de l’eau ici, il y a des chances qu’on en trouve  cinq mètres plus loin. Fagot (qui n’habite pas Le Pouzac mais L’Espinassère) est d’accord, on creuse, on vérifie, on installe sommairement fontaine et lavoir et on constate que ça fonctionne.

Maintenant, on en finit avec cette histoire de limites exactes entre  Fouretier et Fagot pour ne pas se retrouver encore avec des procès agaçants, on achète le terrain en copropriété et on retrouve la fontaine lavoir de la Biotrie en passant devant le notaire.

 Il suffisait d’y penser !

La vie normale reprend : lavages, rassouillages, commérages... Et chaque année, le  jour de Mardi Gras, les habitants du grand Pouzac peuvent manger les tourtisseaux confectionnés à l’occasion de la « cérémonie » du nettoyage  de l’endroit. Certains croient se souvenir que cette activité collective était annoncée à l’avance grâce  à des roulements de tambour jusque dans les années 70. J'ai constaté que le grand entretien de ces établissements où l'eau coule avait trés souvent lieu le jour du Mardi Gras qui est un jour très particulier dans le calendrier chrétien (origines païennes reconnues et festivités débridées), mais c'est une autre histoire. 

Encore un petit détail : nous avons vu que le premier lavoir avait été comblé, mais qu’est donc devenue la première fontaine ?

Elle existe toujours. Elle est à sa place, derrière le mur nord du lavoir. Et si elle n’apparait pas sur le cadastre moderne, c’est parce qu’elle a perdu son statut de fontaine. Située maintenant en dessous du niveau du sol, son eau ne s’écoule pas à l’air libre.

Cette eau s’écoule de manière souterraine et facétieuse dans le lavoir nouveau !

P1000131

 

 

 

Aujourd’hui en 2011, ils ne sont pas très nombreux, ceux qui s’occupent de l’entretien de la copropriété et c’est bien dommage. Les assemblées générales ont cessé, le comité de gestion ne fonctionne plus. Les lave-linge et les nettoyeurs haute pression en ont eu raison. Pourtant la copropriété existe toujours, peut-être pas dans les esprits mais au moins dans les textes. Il serait bien que les ayant droit fassent quelque chose pour sauver ce lieu.

Il le mérite, comme j’ai essayé de vous le prouver.

Peut-être même, comme je le pense, que  ce petit patrimoine se situe bien au-delà d’une simple copropriété villageoise, qu'il est un témoin de l'histoire des hommes, qu'il en est devenu un bien commun. Dans cet esprit,les propriétaires actuels pourraient en faire don  à la commune de Saint Martin Lars, qui serait sans doute plus apte à en assurer l'entretien, la sauvegarde et la pérennité, pour la satisfaction de tous.

A suivre donc…

 


sources:

1   archives privées

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